Un plus grand voyage

Je ne tourne plus autour de ma maison. L’appel de l’océan est toujours le plus fort. Malgré les masques dans le train, la chaleur étouffante sur les quais de gare, les sangles du sac à dos trempées par la sueur, je suis partie. direction la Bretagne, là où la canicule ne sévit pas. Ici quand tous étouffent ailleurs, nous jouissons de températures clémentes, sous une délicate brise de mer ou de terre. Le sentier, dit des douaniers, longe la côte de plages en grèves, de criques en mouillages de petits bateaux qui attendent sagement la marée montante pour sortir pêcher un ou deux maquereaux pour le repas du soir. Le sentier je me promets de le ‘faire’ de Cancale à Saint Nazaire un jour. Il y faudra du temps, que je n’ai pas encore.

Ma Bretagne je la connais bien. Sa forme géographique, reconnaissable entre toutes, sa pointe découpée comme la dentelle de ses coiffes, ses baies aux eaux claires, de grandes marées en grandes tempêtes, les crabes et les huitres du sillon de Talbert, accompagnées d’un verre de vin blanc sec, d’un peu de beurre salé étalé sur du pain noir, dégustées sans façon sur le port de Binic. Une Bretagne de vacances d’été.

L’autre Bretagne, celle qui vit, travaille, je ne la connais plus. Partie depuis trop longtemps. Revenir? ne pas revenir? les années se suivent, l’envie survient puis s’estompe jusqu’au séjour suivant.

Cet été j’ai fait un achat indispensable, une carte routière, à l’ancienne, de Fougères à Clisson. Le GPS, géniale invention pour éviter l’arrêt à chaque carrefour, désormais désert, est inopérant pour s’imprégner de la géographie d’un itinéraire. Tout comme l’autoroute ou le TGV, le GPS met le voyageur hors sol, interdit de décision quant à choisir une route ou une autre. En abolissant les distances, le voyage devient un trajet. Seul le point de départ et le point d’arrivée ont encore de l’importance. Munie de ma carte routière, je retrouve la magie du doigt sur le tracé des routes. Sur la carte la route est le ruban entre deux clochers, rouge si le ruban est large, jaune un peu moins large, blanc si il serpente, étroit entre les champs, sur une corniche surplombant la mer ou à flan de montagne. Déployée sur la table avant le départ, sur le volant de la voiture, se déchirant aux pliures, étalée sur le capot de la voiture si le temps le permet, la carte routière redonne à la route, les virages, les carrefours, les villages traversés, les forêts, lacs, cols, vallées, viaducs, une réalité dont son cousin numérique ne se soucie guère, trop occupé qu’il est à calculer le temps, à la minute près, nécessaire au trajet.

Arrivée en ville, la carte routière reconnait sans broncher la supériorité du GPS. Prenez la première à gauche, au rond point prenez la deuxième sortie, faites demi-tour avec prudence… Autant d’injonctions susurrées qui éviteront l’insulte, le coup de klaxon furieux voire le dépassement en queue de poisson accompagné d’un doigt d’honneur du chauffeur pressé car, lui il travaille.

Alors carte routière ou GPS? Les deux bien-sûr, entre tradition et modernité.

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