Réminiscence

Éditions de Paris 1954

Juillet 2020, post confinement ou pré confinement. Je ne sais pas alors j’en profite.Tant pis pour l’argent qui fond entre les doigts, l’urgence de s’offrir des plaisirs de vie s’impose. Ce 16 juillet je suis à la Distylerie, une vraie ancienne distillerie, devenue, par la grâce de suisses cultivés et sans doute un peu fortunés, un centre de stages d’écriture, peinture, couture, Thaï chi … Je ne participe à aucun stage mais ai été invitée à la dernière soirée d’un stage d’écriture. Les participants prennent plaisir à lire leurs textes, avant l’apéritif et un repas festif. Les huitres, les écrevisses et les algues de mer prennent un tout autre relief au bord d’une rivière en Bourgogne.

L’endroit est beau, dans son jus, une maison de maître de la France industrielle du début du siècle dernier, flanquée de son usine à portée de marche.   J’ai la chambre marine . Sur les bords de la Saône on devrait dire mariniers mais tout dans cette petite chambre évoque la Marine, celle qui traversait les océans à la conquête du monde. La marinière blanche de cérémonie, le calot à pom-pom rouge porte-bonheur, les hublots et les bouées, le phare bleu et blanc, et la maquette de navire en bois.  J’ai une pensée pour Fulgence, indomptable officier de marine. Sur l’étagère, face au lit, quelques livres anciens. Je fouille, soulève un peu de poussière, et mon enfance me saute à la figure, là, devant mes yeux, en édition originale de 1954, avant ma naissance, le livre de mes dix ans, le livre que la libraire ne conseillait pas aux enfants, le livre que j’exigeais car le maître nous en avait lu un extrait qui m’avait fascinée. Naufragé volontaire, d’Alain Bombard. Je découvre, des décennies plus tard, l’édition originale, fort éloignée du livre de poche que j’avais obtenu après rude bataille. Il ne me reste pas grand chose du contenu du livre; que l’auteur s’était infligé cette épreuve pour montrer qu’il était possible de survivre en mer, sur un canot de sauvetage, pendant des semaines, en se nourrissant des produits de l’océan. Ce soir les produits de la mer s’accompagnent d’un Chablis.

Avec ce livre j’avais aussi reçu Robinson Crusoé, une autre histoire de naufragé et de solitude sublimée. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.